Paris, Sorbonne Université Presses, 2026, 341 pages
LE LANGAGE,
L’ÉNONCIATION
ET LE CRI
SENS ET FORMES LINGUISTIQUES
DE L’expéRience énonciative
ÉDITIONS Sorbonne Université Presses
Maison de la recherche
28, rue Serpente
75006 Paris
ISBN 979–10-231‑4018‑7
© Sorbonne Université Presses, 2026
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INTRODUCTION
En sciences du langage, les données empiriques relatives à la construction et à l’interprétation des énoncés et des discours ne manquent pas, mais les explications susceptibles d’en rendre compte sont souvent conflictuelles, fondées sur des hypothèses et des cadres théoriques incompatibles. Ce qui a trait à l’énonciation notamment est loin d’être consensuel, en ce qui concerne notamment les champs disciplinaires qui s’y rapportent.
Conçu à partir d’un ensemble d’articles parus sur une quinzaine d’années dans différents ouvrages et revues spécialisées, ce livre témoigne d’une réflexion critique exploratoire, à contre-courant d’une tradition soucieuse de réduire le sens linguistique des énoncés à ce qu’ils disent et, ce faisant, de reléguer le fait de le dire, c’est-à-dire leur énonciation, à un niveau purement contextuel et pragmatique. D’inspiration à la fois austinienne, benvenistienne et surtout ducrotienne à la base, cette recherche défend pour sa part l’idée que l’énonciation n’est pas seulement un événement historique effectif, mais bien une virtualité sémantique, précisément énonciative, instruite par le sens même des mots et des phrases de la langue.
Entre langue et discours, le sens linguistique des énoncés repose à cet effet sur diverses instructions associées formellement à leur énonciation. Mais ces formes linguistiques de l’énonciation qui nous intéressent, en quoi consistent-elles ? Et comment agissent-elles sur nos interprétations ? Organisés en cinq volets successifs, les onze chapitres de cet ouvrage s’efforcent de répondre à ces questions selon différentes perspectives.
Le premier volet propose pour commencer un tour d’horizon des propriétés sémantiques énonciatives en question dans cette recherche, abordées sous un angle sémiotique d’abord (la distinction entre ce qui est dit et ce qui est montré à l’intérieur du sens), et polyphonique ensuite (la distinction entre voix et points de vue, appliquée à la négation). Suivent ensuite quelques considérations générales sur les enjeux de la « linguistique de la parole » au sens Saussurien, fondatrices de ce qui sera élaboré au long de ce recueil.
Le deuxième volet poursuit cette réflexion sous l’angle de ce qui caractérise diverses expressions que nous désignerons comme des formules énonciatives, communément identifiées à des « modalisateurs », « connecteurs » ou autres « marqueurs » dits « pragmatiques » ou « discursifs » – dont la fonction n’est nullement conceptuelle et référentielle, relative aux états de choses auxquels les énoncés réfèrent, mais essentiellement procédurale et énonciative, relative aux opérations discursives dont elles relèvent.
Délaissant temporairement ce qui a trait localement aux propriétés sémantiques qui s’y rapportent, le troisième volet de ce recueil explore certains effets pragmatiques associés à l’emploi de ces formules et marqueurs énonciatifs en contexte, sous l’angle de ce qui concerne respectivement l’ethos discursif du locuteur, et sous l’angle par ailleurs de ce qui concerne les reprises et autres reformulations polyphoniques dites « dialogiques » et plus précisément « diaphoniques », impliquant l’interlocuteur et l’organisation interactionnelle des discours.
Le quatrième volet s’intéresse pour sa part à un tout autre genre de formules, que nous dirons citatives et parfois délocutives, dont relèvent notamment les locutions et expressions figées, les métaphores et figures plus ou moins lexicalisées qui s’y rapportent, impliquées accessoirement dans le sens des proverbes, maximes et autres phrases idiomatiques.
Quant au cinquième et dernier volet de ce recueil, résolument mentaliste, il s’intéresse aux propriétés de l’esprit dont procède cette division ou discontinuité entre informations linguistiques à visée référentielle d’une part, et à visée énonciative d’autre part. Loin de s’exclure mutuellement, nous observerons que ces fonctions sémantiques élémentaires du langage et de l’esprit se complètent et s’articulent à l’intérieur du sens.
Il va sans dire que ces pistes de réflexion sont encore très exploratoires et aventureuses à ce stade, en attente d’être précisées sous différents angles ; en particulier en ce qui concerne les propositions esquissées dans le dernier volet de cet ouvrage, qui fait l’hypothèse d’une même sorte de discontinuité, spéculaire en quelque sorte – comme dans un miroir, ou en abyme – entre les propriétés constitutives du langage et de l’esprit.

