Le figement en débat. Figement linguistique et défigement interprétatif

Laurent Per­rin (dir.)
Numé­ros 159–160 de la revue Pra­tiques 2013

 

Liste alpha­bé­tique des auteurs :
D. Col­tier & C. Féron – B. Com­bettes – Ch. Cusi­ma­no – N. Ger­ber & O. Luste-Chaâ – M. Kau­fer – Y. Keromnes – A. Krieg-Planque – S. Law­son – H. Lüger – C. Mas­se­ron – S. Mej­ri – S. Pal­ma – L. Per­rin – P. Per­oz – A. Petit­jean – M. Pran­di – G. Soare & J. Moes­chler

 


 

Pré­sen­ta­tion

Le fige­ment en débat : fige­ment lin­guis­tique et défi­ge­ment dis­cur­sif

Long­temps relé­gué à la marge de la lin­guis­tique et des sciences du lan­gage, comme un épi­phé­no­mène assi­mi­lé à un ensemble de curio­si­tés appré­hen­dées comme autant d’exceptions aux règles de la langue et du bon usage, le fige­ment lin­guis­tique des expres­sions s’installe aujourd’hui au cœur des modèles lin­guis­tiques. Sous un angle non seule­ment dia­chro­nique, mais syn­chro­nique, à l’inter-face de ce qui arti­cule la gram­maire et le lexique, la mor­pho­syn­taxe, la séman­tique et la prag­ma­tique, cette intru­sion désor­ga­nise au pas­sage l’application des prin­cipes de construc­tion par emboî­te­ments sur les­quels s’opère le par­tage des champs héri­tés de la tra­di­tion lin­guis­tique et gram­ma­ti­cale. Quant au défige-ment dis­cur­sif et inter­pré­ta­tif qui s’y rap­porte, en atten­dant de trou­ver la place qui lui revient, cor­ré­la­tive des contraintes asso­ciées notam­ment à la nature gra­duelle et plus géné­ra­le­ment à l’ensemble des pro­prié­tés du fige­ment lin­guis­tique, il reste encore trop sou­vent consi­dé­ré comme le fait d’un jeu rhé­to­rique super­fi­ciel, tout bon­ne­ment igno­ré par beau­coup de lin­guistes, mais qui inté­resse de long­temps ceux qui abordent le sens par le dis­cours et par les textes.

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L’énonciation des proverbes

Dans J.-C. Ans­combre, B. Dar­bord et A. Oddo (dir.)
La parole exem­plaire. Intro­duc­tion à une étude lin­guis­tique des pro­verbes
Armand Colin, 2012, 53–66

 


L’ENONCIATION DES PROVERBES

Laurent Per­rin
Uni­ver­si­té de Lor­raine, CREM

 

Les pro­verbes sont sou­vent appré­hen­dés comme un patri­moine ver­bal issu d’une tra­di­tion ances­trale, atta­chée tant à l’oralité qu’aux ori­gines du lan­gage et à la culture popu­laire. La concep­tion énon­cia­tive des pro­verbes qui sera pro­po­sée dans cette étude per­met de rendre compte de cette intui­tion comme d’une pro­prié­té de l’énonciation des phrases pro­ver­biales, telle qu’elle se trouve ins­truite par le sens même des phrases en ques­tion. Non seule­ment les pro­verbes peuvent être le fruit d’une habi­tude effec­tive, d’une rou­tine par­fois ancienne, consis­tant à énon­cer une phrase en cer­taines cir­cons­tances, mais sur­tout ce sont les phrases mêmes en quoi consistent les pro­verbes qui qua­li­fient leurs énon­cia­tions comme le fruit d’une telle habi­tude. Cette der­nière n’est donc pas sim­ple­ment (ou même pas for­cé­ment) un fait his­to­rique effec­tif, mais une vir­tua­li­té séman­tique que portent les phrases pro­ver­biales, vir­tua­li­té qui s’écarte par­fois, ou du moins met en scène et donc recons­ti­tue fic­ti­ve­ment le fait his­to­rique. Les phrases mêmes de la langue en quoi consistent les pro­verbes qua­li­fient leurs énon­cia­tions vir­tuelles (dont l’é­non­cia­tion effec­tive n’est qu’une occur­rence avé­rée) comme le fait d’une habi­tude col­lec­tive. Par quels moyens séman­ti­co-prag­ma­tiques ? C’est ce à quoi nous allons ten­ter de répondre dans cette étude.[1]Qui reprend une pré­cé­dente approche des pro­verbes pré­sen­tée dans Per­rin (2000), et revi­si­tée récem­ment dans Per­rin (à paraître), dont cette étude revoit et pré­cise les grandes lignes.

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Notes   [ + ]

1. Qui reprend une pré­cé­dente approche des pro­verbes pré­sen­tée dans Per­rin (2000), et revi­si­tée récem­ment dans Per­rin (à paraître), dont cette étude revoit et pré­cise les grandes lignes.