Dans J­.C. Ans­combre & L. Rouanne (éds.)
His­toires de dire
Berne, Peter Lang, 2016, 249–269

 


 

Laurent Per­rin
Uni­ver­si­té de Paris-Est Cré­teil
Cédi­tec, EA 3119

 

1. Intro­duc­tion

La paren­té des for­mules réunies dans le titre de cette étude tient à leurs effets d’intensification. Elles ont pour voca­tion com­mune de déter­mi­ner le haut degré d’intensité de ce que repré­sente le conte­nu d’un énon­cé dont elles moda­lisent l’énonciation. Ces for­mules n’ont de sens que si ce conte­nu repré­sente un état de chose gra­duel, dont elles déter­minent le haut degré. Ain­si les énon­cés comme : C’est grand (ou petit), je vous dis pas ; C’est dire si c’est beau ; Il n’y a pas à dire (ou Tu peux le dire), ça fait plai­sir… sont géné­ra­le­ment com­pa­tibles avec un adverbe du haut degré d’intensité comme très, vrai­ment, énor­mé­ment, mais pas avec un adverbe atté­nua­teur comme assez, plu­tôt, un peu. Sauf effet rhé­to­rique de litote iro­nique sur l’atténuateur, les construc­tions comme : Ça fait *assez plai­sir, je vous dis pas ; C’est dire si il est *plu­tôt grand ; Il n’y a pas à dire (ou Tu peux le dire), il a *un peu bu… ne sont pas rece­vables. Que dis-je impose quant à lui un effet de reprise auto­cor­rec­tive de haut degré (Que dis-je un peu ? Il a beau­coup bu ; Que dis-je il est grand ? Il est immense). Les construc­tions inverses (Que dis-je il est immense ? Il est *grand) ne seraient pas rece­vables.

Comme mar­queurs dis­cur­sifs (ou énon­cia­tifs) du haut degré, les for­mules en ques­tion inter­agissent, mais pour autant ne se confondent pas avec les expres­sions d’intensité concep­tuelle en quoi consistent les adverbes comme très, vrai­ment, beau­coup, énor­mé­ment, ou avec toute autre expres­sion lexi­cale notam­ment adjec­ti­vale comme immense, énorme, minus­cule, consa­crées à la déter­mi­na­tion quan­ti­ta­tive d’un haut degré d’intensité. Les for­mules qui vont nous inté­res­ser ne sont pas des expres­sions concep­tuelles consis­tant à décrire le haut degré de telle ou telle pro­prié­té d’un état de choses repré­sen­té au plan du conte­nu pro­po­si­tion­nel de l’énoncé. Ce sont des for­mules inten­sives que nous dirons externes à l’expression pro­po­si­tion­nelle (au sens de Per­rin 2015), éma­nant d’une atti­tude que mani­feste le locu­teur à l’égard de son énon­cia­tion, de l’évaluation quan­ti­ta­tive qui s’y rap­porte en l’occurrence, plu­tôt que de ce qui est sim­ple­ment décrit au plan du conte­nu. L’objectif de cette étude sera d’analyser ce qui carac­té­rise les effets d’intensification externe à l’expression pro­po­si­tion­nelle atta­chés à ces for­mules.

2. Cadre théo­rique

Pour ce faire, le cadre théo­rique éla­bo­ré s’appuiera sur ce qui oppose, selon dif­fé­rents modèles lin­guis­tiques, deux dimen­sions com­plé­men­taires du sens des énon­cés, asso­ciées res­pec­ti­ve­ment à ce qui par exemple est défi­ni comme pro­cé­du­ral ou ins­truc­tion­nel (vs concep­tuel ou véri­con­di­tion­nel), ou encore à ce qui est par­fois qua­li­fié de modal (vs dic­tal) au sens de Bal­ly (1932), ou sous un angle plus sémio­tique, à ce qui est mon­tré (vs dit) selon Witt­gen­stein (1922) – repris par Ducrot (1984, 151), Kro­ning (1990, 2013), Nølke (1994, 114), entre autres –, plus tech­ni­que­ment à ce que nous défi­ni­rons comme indi­ciaire (vs sym­bo­lique) au sens de Peirce (1955). L’opposition peir­cienne entre indice et sym­bole per­met de rendre compte de ce qui carac­té­rise les expres­sions à sens mon­tré que sont les for­mules énon­cia­tives qui vont nous inté­res­ser, plus géné­ra­le­ment de ce qui est énon­cia­tif à l’intérieur du sens, par oppo­si­tion à ce qui est décrit sym­bo­li­que­ment au plan du conte­nu concep­tuel ou pro­po­si­tion­nel des énon­cés.

J’ai ten­té ailleurs de faire appa­raître que le sens de cer­taines expres­sions ne relève pas (ou pas exclu­si­ve­ment, selon les cas) de la fonc­tion dite sym­bo­lique du lan­gage, atta­chée à un sens lit­té­ral déno­ta­tif ou concep­tuel sai­sis­sable hors contexte, sans tenir compte de l’événement en quoi consiste leur énon­cia­tion (Per­rin 2013, 2014). La fonc­tion des inter­jec­tions notam­ment, mais aus­si des adverbes de phrase, moda­li­sa­teurs, connec­teurs ou autres mar­queurs dis­cur­sifs, n’est pas de repré­sen­ter concep­tuel­le­ment un état de chose que l’expression dénote, mais de moda­li­ser telle ou telle pro­prié­té consti­tu­tive du fait même en quoi consiste l’énonciation d’un énon­cé dont relève cette expres­sion en contexte. Je parle de for­mules énon­cia­tives, dans un sens proche de celui défi­ni par Ans­combre (1985), pour dési­gner un ensemble des mar­queurs ou opé­ra­teurs dis­cur­sifs consis­tant à mon­trer, c’est-à-dire à ins­truire symp­to­ma­ti­que­ment les opé­ra­tions séman­ti­co-prag­ma­tiques asso­ciées à l’énonciation d’un énon­cé dont elles relèvent. Les for­mules énon­cia­tives ne sont pas des sym­boles (au sens peir­cien) consis­tant à dénom­mer ou à décrire ce qui est cen­sé exis­ter par ailleurs (dans un monde auquel ces expres­sions réfèrent), mais des indices consis­tant à indexer conven­tion­nel­le­ment, en ver­tu de leur pré­sence maté­rielle, ce qui par ailleurs est avé­ré contex­tuel­le­ment par l’énonciation effec­tive d’une pro­po­si­tion qu’elles servent à moda­li­ser.

L’un des points à cla­ri­fier, autour duquel nous gra­vi­te­rons dans cette étude, a trait au lien dia­chro­nique reliant cette force indi­ciaire des for­mules énon­cia­tives à la force des­crip­tive source dont elles pro­cèdent géné­ra­le­ment, dont elles ne se détachent que gra­duel­le­ment. Ce lien repose sur ce qui a trait à la prag­ma­tique dite inté­grée (par Ans­combre et Ducrot notam­ment), c’est-à-dire à l’intégration séman­tique gra­duelle, dans le sens lin­guis­tique conven­tion­nel des expres­sions, de ce qui tient à un sens prag­ma­tique pure­ment contex­tuel au départ. L’interjection chic ! par exemple, comme indice conven­tion­nel de la joie du locu­teur qui l’énonce, résulte dia­chro­ni­que­ment de la valeur d’indice contex­tuel asso­ciée ini­tia­le­ment au fait de dire que quelque chose est chic (en un sens des­crip­tif sym­bo­lique) en vue de mon­trer sa joie. Déchar­gée peu à peu de ce sens des­crip­tif source et de l’inférence contex­tuelle qui s’y rap­porte, l’expression est deve­nue aujourd’hui une inter­jec­tion, par­fai­te­ment déta­chée de la notion concep­tuelle dont elle pro­cède, consis­tant désor­mais sim­ple­ment à ins­truire la joie du locu­teur qui l’énonce. Mises à part quelques for­mules d’origine ono­ma­to­péique issues d’une déri­va­tion ana­logue [1]L’interjection ouf ! comme for­mule de sou­la­ge­ment, par exemple, est issue d’un sou­pir inter­pré­té comme l’indice contex­tuel d’un sou­la­ge­ment du locu­teur. Au terme de la déri­va­tion dia­chro­nique dont elle pro­cède, l’interjection n’a plus besoin aujourd’hui d’être recon­nue comme l’onomatopée d’un sou­pir asso­cié à une infé­rence contex­tuelle ; elle fonc­tionne direc­te­ment comme l’indice conven­tion­nel d’un sou­la­ge­ment que mani­feste le locu­teur., la plu­part des mar­queurs dis­cur­sifs résultent d’un pro­ces­sus de fige­ment dia­chro­nique abou­tis­sant au codage lin­guis­tique de la valeur indi­ciaire asso­ciée à l’énonciation d’une forme des­crip­tive ori­gi­nelle. Au terme de cette déri­va­tion dia­chro­nique, qui cor­res­pond à la gram­ma­ti­ca­li­sa­tion de cer­tains effets prag­ma­tiques énon­cia­tifs (Trau­gott 1982)[2]Certains parlent à ce sujet de prag­ma­ti­ca­li­sa­tion., l’expression a per­du à la fois ce qui a trait le cas échéant à sa force de reac­tion syn­taxique, et à la déno­ta­tion séman­tique qui s’y rap­porte, au pro­fit des ins­truc­tions prag­ma­tiques inté­grées qu’elle ins­truit à l’arrivée.

Par-delà ce qui concerne l’ensemble des for­mules énon­cia­tives – qu’elles soient assi­mi­lables à des inter­jec­tions, à des adverbes, à des locu­tions ver­bales, ou autre – l’objectif de cette étude sera d’examiner un sous-ensemble de locu­tions cen­trées sur le verbe dire, dont la visée indi­ciaire est en l’occurrence d’intensifier le conte­nu d’un énon­cé dont elles moda­lisent l’énonciation.

 

3. Je vous dis pas

Qu’elles servent ou non à inten­si­fier un conte­nu, les for­mules énon­cia­tives peuvent être ran­gées dans trois caté­go­ries dis­tinctes, en fonc­tion de l’environnement dis­cur­sif que déter­mine leur por­tée. La pre­mière caté­go­rie, dont relève en l’occurrence Je vous dis pas, com­prend l’ensemble des for­mules modales que nous dirons simples, rela­tives à l’énonciation d’une séquence dis­cur­sive iden­ti­fiée à un acte de lan­gage appré­hen­dé iso­lé­ment. La plu­part des moda­li­sa­teurs épis­té­miques, appré­cia­tifs ou expres­sifs relèvent de cette pre­mière caté­go­rie, que nous oppo­se­rons par la suite à une seconde caté­go­rie de for­mules énon­cia­tives, ici repré­sen­tée par C’est dire (si), Y’a pas à dire, Que dis-je, dont relève plus géné­ra­le­ment l’ensemble des connec­teurs argu­men­ta­tifs, et enfin à une troi­sième caté­go­rie, dont relève notam­ment Tu peux le dire, sur laquelle nous revien­dront à la fin de cette étude.

 

3.1. Don­nées dis­tri­bu­tion­nelles asso­ciées à Je vous dis pas

En tant que for­mule modale à effets énon­cia­tifs simples, Je vous dis pas s’articule à l’énonciation d’une séquence X prise comme un tout indé­pen­dant (par oppo­si­tion aux connec­teurs abor­dés ulté­rieu­re­ment, impli­quant une rela­tion X‑Y entre au moins deux séquences dis­cur­sives). Par­mi d’autres for­mules simples, assi­mi­lables à des indices du haut degré d’intensification, géné­ra­le­ment post­po­sées à l’énonciation de X (comme Je vous dis que ça, C’est moi qui vous le dis, etc.), Je vous dis pas (en gras dans nos exemples authen­tiques) se carac­té­rise en rai­son du fait qu’il peut soit pré­fa­cer l’énonciation de X (en gras ita­liques), comme en (1) à (3) dis­cu­tés ci-des­sous, soit lui suc­cé­der pour la qua­li­fier rétro­ac­ti­ve­ment, comme en (4) à (6) abor­dés ulté­rieu­re­ment.

Comme mar­queur ou for­mule énon­cia­tive, Je vous dis pas ne consiste pas (ou plus) aujourd’hui sim­ple­ment à repré­sen­ter un état de chose selon lequel le locu­teur n’exprime pas, n’énonce pas, n’affirme pas ce que dénomme une séquence régie par le verbe dire. La for­mule en ques­tion s’est peu à peu affai­blie concep­tuel­le­ment, et syn­taxi­que­ment déta­chée de son com­plé­ment ver­bal, pour en venir à qua­li­fier symp­to­ma­ti­que­ment les effets d’intensification asso­ciés à l’énonciation d’une séquence X dans sa por­tée. Il appa­raît cepen­dant que cette évo­lu­tion n’est pas à ce jour suf­fi­sam­ment abou­tie pour avoir engen­dré une for­mule inté­gra­le­ment déta­chée de son sens des­crip­tif ori­gi­nel. La dif­fi­cul­té consis­te­ra donc à faire la part de ce qui oppose et à la fois de ce qui relie ces deux dimen­sions du sens de Je vous dis pas, res­pec­ti­ve­ment des­crip­tive et énon­cia­tive, qui sont comme les deux faces d’une seule et même for­mu­la­tion.

C’est en posi­tion de pré­face, et lorsqu’il moda­lise de sur­croît l’énonciation d’un syn­tagme nomi­nal (SN), que le sens énon­cia­tif de la for­mule est sans doute le moins aisé à dis­so­cier de ce qui est per­çu intui­ti­ve­ment comme son sens des­crip­tif source. Dans le pas­sage sui­vant, par exemple, le sens énon­cia­tif tient au fait que Je vous dis pas inten­si­fie une éva­lua­tion du prix dont il est ques­tion (sus­cep­tible d’être orien­tée vers le cher ou au contraire le bon mar­ché), éva­lua­tion que beau­coup inter­prètent comme l’implication indi­recte d’un sens des­crip­tif source selon lequel le locu­teur refuse de révé­ler le prix en ques­tion qu’il juge indé­cent :

(1) Je vous dis pas le prix, c’est indé­cent ! [http://www.igeneration.fr]

Comme for­mule énon­cia­tive, Je vous dis pas n’a de sens que s’il moda­lise une énon­cia­tion comme expri­mant le haut degré d’évaluation quan­ti­ta­tive d’un état de chose mesu­rable comme le prix en (1), ou plus géné­ra­le­ment de ce que repré­sente une expres­sion qua­li­fiante comme le bor­del en (2) :

(2) Je vous dis pas le bor­del s’ils gagnent la finale. [http://mousa.dcs.gla.ac.uk]

Dans un cas comme dans l’autre, quel que soit le rôle éven­tuel de son sens des­crip­tif rési­duel, la for­mule n’est alors inter­pré­table que si elle moda­lise le haut degré d’intensité asso­cié à l’énonciation d’une expres­sion à effets qua­li­fiants (vs clas­si­fiants). Un énon­cé comme Je vous dis pas le vélo, ou la mai­son, par exemple, ne peut être inter­pré­té que comme expri­mant le haut degré d’intensité de telle ou telle pro­prié­té d’un vélo ou d’une mai­son dont il est ques­tion.[3]Je vous dis pas la bécane ou la baraque seraient sans doute jugés plus natu­rels en ce sens, compte tenu des conno­ta­tions éva­lua­tives atta­chées aux expres­sions dont l’énonciation est alors moda­li­sée.

Les effets énon­cia­tifs indi­ciaires dont relèvent les pro­prié­tés inten­sives de la for­mule peuvent être appré­hen­dés à dif­fé­rents niveaux et sous dif­fé­rents angles, par le biais de ce qui les oppose aux pro­prié­tés stric­te­ment des­crip­tives du verbe dire. Au plan de la cohé­rence dis­cur­sive d’abord, contrai­re­ment à ce qui semble être lit­té­ra­le­ment inter­pré­table, per­sonne ne com­prend que c’est de révé­ler le prix qui est pré­sen­té comme indé­cent en (1). Et per­sonne ne com­prend que le locu­teur s’engage à ne pas ébrui­ter les débor­de­ments que pour­raient pro­vo­quer la vic­toire dont il est ques­tion en (2). Dans un cas comme dans l’autre, l’enchaînement ne s’articule pas alors à un conte­nu des­crip­tif selon lequel le locu­teur ne dit pas quelque chose, mais à une forme d’exclamation éva­lua­tive du haut degré de cher­té (ou au contraire de bon mar­ché) en (1), de désordre en (2), que déter­mine le simple fait d’énoncer l’expression le prix, ou le bor­del. La por­tée de l’enchaînement atteste ici empi­ri­que­ment du sens énon­cia­tif indi­ciaire de la for­mule.

Lexi­ca­le­ment, le sens énon­cia­tif de Je vous dis pas tient au fige­ment de la for­mule, qui inter­dit bon nombre de mani­pu­la­tions usuelles sur le sens des­crip­tif cor­res­pon­dant de la for­mu­la­tion. Par exemple, il semble dif­fi­cile de réin­sé­rer le ne de la néga­tion dans le signi­fiant de la for­mule (Je ne vous dis pas le prix, Je ne vous dis pas le bor­del relè­ve­raient ici de l’hypercorrection), tout comme de sup­pri­mer le pro­nom per­son­nel d’adresse. Si Je vous dis pas auto­rise l’alternance tu/vous [4]Contrai­re­ment à d’autres for­mules, comme Tu l’as dit, Tu parles, par exemple, dont le sens indi­ciaire n’autorise pas les variantes : *Vous l’avez dit, *Vous par­lez (Per­rin 2014)., la sup­pres­sion du pro­nom de deuxième per­sonne est en revanche impos­sible, sous peine soit de réta­blir un sens des­crip­tif dépour­vu d’effets inten­sifs (Je dis pas le prix, Je dis pas le bor­del), soit de créer une confu­sion avec le sens énon­cia­tif d’autres formules.[5]Par exemple, dans le cadre d’un énon­cé comme C’était le prix, je dis pas, la for­mule moda­lise un sens conces­sif tout à fait dépour­vu d’effets inten­sifs (Per­rin 2014).

Syn­taxi­que­ment, l’affaiblissement de la force de rec­tion nor­ma­le­ment atta­chée au verbe dire déter­mine la parenthétisation[6]Sur l’affaiblissement de la rec­tion ver­bale et la notion de verbe paren­thé­tique, se réfé­rer à Blanche-Ben­ve­niste (1989). Voir aus­si sur ce sujet Apo­thé­loz (2003). qui auto­rise le déta­che­ment de la for­mule par anté­po­si­tion du SN, ou même tout bon­ne­ment la sup­pres­sion de la for­mule, ou son rem­pla­ce­ment par une forme ou une autre d’interjection. Ain­si une séquence de la forme : Le prix, je vous dis pas, c’est indé­cent ! ou Le bor­del, je vous dis pas, s’ils gagnent ! pré­serve le sens de (1) et (2), contrai­re­ment à une dis­lo­ca­tion ordi­naire avec reprise pro­no­mi­nale du SN (Le prix, je ne vous le dis pas…), qui impo­se­rait un sens des­crip­tif étran­ger à la for­mule. De même, la sup­pres­sion pure et simple de la for­mule, ou le fait de pou­voir lui sub­sti­tuer une inter­jec­tion (dans le cadre d’une séquence du genre : Le prix, nom de nom, c’est indé­cent !, ou Le bor­del, bon dieu, s’ils gagnent la finale !)  n’atteint que super­fi­ciel­le­ment le sens de (1) et (2). Sous un angle plus séman­tique, on observe que l’énonciation moda­li­sée est alors sys­té­ma­ti­que­ment assor­tie d’une force excla­ma­tive, dont attestent d’ailleurs expli­ci­te­ment de nom­breux exemples comme le sui­vant, agré­men­tés d’une inter­jec­tion qui faci­lite d’autant l’application des tests envi­sa­gés (sup­pres­sion, déta­che­ment de la for­mule, etc.) :

 

(3) Ah là là, je vous dis pas l’an­goisse ! Je me croyais pei­nard, défi­ni­ti­ve­ment au chaud sur mon île tro­pi­cale et puis voi­là… [http://www.heresy.com.hk/creative/thailand.htm]

De fait, ces diverses obser­va­tions expliquent notam­ment que Je vous dis pas appa­raisse fré­quem­ment en construc­tion déta­chée, post­po­sé à la séquence dont l’énonciation excla­ma­tive est moda­li­sée, comme dans le pas­sage sui­vant (où la for­mule inten­si­fie les déboires du locu­teur, repré­sen­tés par anti­phrases en l’occurrence) :

(4) Il avait piqué dans un nerf ! La joie, je vous dis pas ! […] Beau­coup de séances coû­teuses mais peu de résul­tats. Il me deman­dait de faire des exer­cices : pointe talon pointe talon, pas­sion­nant je vous dis pas… […] [Il m’a dit] Je n’ai qu’une chose à vous dire : vous devez vivre avec ! Ça fait vache­ment plai­sir à entendre, je vous dis pas ! [www.synostose.fr]

En (4), Je vous dis pas moda­lise rétro­ac­ti­ve­ment l’énonciation excla­ma­tive d’un groupe nomi­nal pour com­men­cer (la joie), ensuite suc­ces­si­ve­ment celle d’un par­ti­cipe à fonc­tion attri­bu­tive (pas­sion­nant), et fina­le­ment d’une pro­po­si­tion entière (Ça fait vache­ment plai­sir à entendre). Il appa­raît alors que les pro­prié­tés caté­go­rielles de l’expression dont l’énonciation est moda­li­sée sont net­te­ment plus libres que lorsque la for­mule pré­cède. Contrai­re­ment à Je vous dis pas la joie, qui consti­tue une para­phrase satis­fai­sante de ce qui est expri­mé en (4), * Je vous dis pas pas­sion­nant, * Je vous dis pas ça fait vache­ment… ne sont pas acceptables.[7]Sauf à pas­ser par une cita­tion directe étran­gère au sens de (4). Comme si, en posi­tion de pré­face, la for­mule devait en outre res­pec­ter cer­taines pro­prié­tés syn­taxiques de la construc­tion des­crip­tive dont elle relève, consis­tant à la base à régir un com­plé­ment du verbe dire.

 

3.2. Ana­lyse séman­ti­co-prag­ma­tique

Or cette construc­tion des­crip­tive source, à quoi res­sem­blait-elle ? L’hypothèse géné­rale qui dirige nos obser­va­tions sti­pule que toute for­mule énon­cia­tive résulte dia­chro­ni­que­ment d’une assi­mi­la­tion (ou inté­gra­tion) lin­guis­tique – à force de répé­ti­tions et par le biais d’un genre de rou­tine – de la force prag­ma­tique indi­ciaire asso­ciée à l’énonciation d’une forme concep­tuelle ou pro­po­si­tion­nelle ordi­naire à la base, inter­pré­tée par infé­rence contex­tuelle. Reste à déter­mi­ner quelle forme syn­taxique, en quel sens des­crip­tif, et pour quelle infé­rence ou figure. Quel est pour com­men­cer le com­plé­ment syn­taxique sus­cep­tible d’avoir été régi par le verbe dire au départ ? Pour­quoi notam­ment un SN com­plé­ment du verbe dire en (Le fait de dire qu’on ne dit pas Le fait de dire qu’on ne dit pas Le fait de dire qu’on ne dit pas Le fait de dire qu’on ne dit pas Le fait de dire qu’on ne dit pas ain­si fonc­tion­né ain­si fonc­tion­né 1) à (3), et pas une phrase subor­don­née com­plé­tive comme Je vous dis pas que c’était le prix, le bor­del, l’angoisse ? Com­ment se fait-il que Je vous dis pas que c’était la joie, ou que c’était pas­sion­nant, que ça fait plai­sir semblent par­fai­te­ment incom­pa­tibles avec ce qui est expri­mé en (4) ? Existe-t-il tout bon­ne­ment une seule et même forme des­crip­tive source dont l’énonciation ait pu déclen­cher ini­tia­le­ment une infé­rence contex­tuelle sus­cep­tible d’être à l’origine de la force inten­sive de Je vous dis pas comme for­mule énon­cia­tive ? A défaut d’entreprendre l’examen minu­tieux de l’évolution dia­chro­nique des emplois du verbe dire à la pre­mière per­sonne du pré­sent de l’indicatif assor­ti de la néga­tion, rien n’interdit de for­mu­ler à ce sujet quelques hypo­thèses.

A la lumière de nos exemples (1) à (3) ou au début de (4), où Je vous dis pas inten­si­fie l’énonciation d’un SN, le sens de la for­mule semble à pre­mière vue com­pa­tible avec l’énonciation d’une phrase des­crip­tive expri­mant sim­ple­ment le renon­ce­ment du locu­teur à dire ce que repré­sente ce SN. La for­mule pour­rait donc être issue d’une figure de rhé­to­rique assi­mi­lable à une forme de pré­té­ri­tion (ou de réti­cence), déclen­chant une infé­rence du genre : « Si le locu­teur dit qu’il ne dit pas ce que dénomme le SN, c’est pour faire entendre que ce dont il est ques­tion est trop fort, trop énorme pour être dit ». Le fait de dire qu’on ne dit pas quelque chose aurait ain­si fonc­tion­né d’abord comme un indice contex­tuel de l’énormité de ce dont le locu­teur ne par­vient pas ver­ba­le­ment à rendre compte, indice qui serait deve­nu peu à peu rou­ti­nier, pour abou­tir fina­le­ment au sens conven­tion­nel de la for­mule inten­sive. Ain­si envi­sa­gée, la force d’intensification de l’expression était pure­ment contex­tuelle à la base, avant de s’être codée dans le sens indi­ciaire de la for­mule.

La dif­fi­cul­té d’une telle ana­lyse (mais de taille) tient au fait qu’elle se heurte à de nom­breux contre-exemples comme en (4), où la for­mule ne moda­lise pas rétro­ac­ti­ve­ment l’énonciation excla­ma­tive d’un SN, mais d’un par­ti­cipe, ou même d’une pro­po­si­tion, par exemple, dont la construc­tion des­crip­tive de base ne peut être rame­née ni à un SN, ni à une phrase com­plé­tive. Une solu­tion pour­rait être de s’appuyer sur une hypo­thèse de Marque-Pu Je vous dis pas comme Je vous dis pas comme cheu (2014), pour ana­ly­ser Je vous dis pas comme issu de la réduc­tion d’une subor­di­na­tion excla­ma­tive (ou per­con­ta­tive) de la forme : Je vous dis pas comme (ou Vue sous cet angle à quel point, ce que, si ). Dès lors, le cas para­dig­ma­tique du fonc­tion­ne­ment de Je vous dis pas ne serait pas à cher­cher du côté de nos exemples (1) à (3), où la for­mule moda­lise l’énonciation d’un SN, mais plu­tôt du côté d’exemples comme les sui­vants, assi­mi­lables au simple ren­ver­se­ment séquen­tiel d’une subor­di­na­tion de la forme : Je vous dis pas ce qu’on est content, Je vous dis pas quelle affaire :

(5) Mais quand on réus­sit, ce qu’on est content, je vous dis pas !!! [http://www.berlol.net]

(6) Il y avait tel­le­ment de neige que l’au­to­route était blo­quée et nous avons dû pas­ser toute une nuit dans la voi­ture ! Quelle affaire ! Je vous dis pas ! [http://www.berlol.net]

Vue sous cet angle dia­chro­nique, la force inten­sive de Je vous dis pas dans nos exemples (1) à (3) ne serait pas déri­vée contex­tuel­le­ment d’une phrase où le verbe dire aurait consis­té sim­ple­ment à régir un SN, mais de la réduc­tion d’une phrase plus com­plexe inté­grant une subor­don­née excla­ma­tive de la forme Je vous dis pas comme le prix est indé­cent, à quel point c’était le bor­del, ce que c’était l’angoisse. De même en (4), Je vous dis pas serait issu d’une construc­tion de la forme Je vous dis pas si c’était la joie, com­bien c’était pas­sion­nant, com­ment ça fait plai­sir… Loin de contre­dire l’analyse qui vient d’être for­mu­lée, rela­tive à une figure de pré­té­ri­tion ori­gi­nelle, le pro­cé­dé tien­drait dès lors plus pré­ci­sé­ment d’une forme de litote asso­ciée à la rete­nue du locu­teur (au sens de Per­rin 2015), face à l’énormité de ce dont il cherche à rendre compte. De fait, en posi­tion de pré­face énon­cia­tive comme en (1) à (3), Je vous dis pas semble aujourd’hui tou­jours com­pa­tible avec une infé­rence du genre « Le locu­teur n’ose dire le prix, car il est trop éle­vé », « ne peut ver­ba­le­ment rendre jus­tice au degré de bor­del », « à l’angoisse abys­sale ». Plu­tôt que d’un simple renon­ce­ment du locu­teur à repré­sen­ter ce que dénomme un SN, Je vous dis pas serait ain­si le fruit d’une construc­tion excla­ma­tive indi­recte, dont les effets d’intensité étaient ini­tia­le­ment cir­cons­crits à une subor­di­na­tion.

 

4. C’est dire si

A la dif­fé­rence de Je vous dis pas, C’est dire si n’est pas un moda­li­sa­teur simple, mais un connec­teur argu­men­ta­tif à effets inten­sifs. Contrai­re­ment aux for­mules modales simples, les connec­teurs ne moda­lisent pas les pro­prié­tés de l’énonciation d’un énon­cé iso­lé, d’une clause dis­cur­sive iden­ti­fiée à un acte de lan­gage pris iso­lé­ment, mais les pro­prié­tés rela­tion­nelles de l’énonciation d’une séquence à l’intérieur d’une période dis­cur­sive com­plexe, d’une inter­ven­tion (au sens de Rou­let & al. 1985).

 

4.1. Don­nées dis­tri­bu­tion­nelles asso­ciées à C’est dire si

Au plan dis­tri­bu­tion­nel, les connec­teurs argu­men­ta­tifs impliquent non seule­ment l’énonciation d’une séquence dis­cur­sive dont ils moda­lisent telle ou telle pro­prié­té rela­tion­nelle, mais ce fai­sant celle d’au moins une autre séquence, impli­quée indi­rec­te­ment par la rela­tion dont il est ques­tion. C’est dire si est un connec­teur conclu­sif à effets inten­sifs consis­tant ain­si à moda­li­ser, non l’intensité d’une séquence dis­cur­sive en soi comme Je vous dis pas, mais celle d’une conclu­sion Y, et donc indi­rec­te­ment la force d’un argu­ment X expli­cite préa­lable. Les exemples sui­vants font appa­raître que C’est dire si s’inscrit obli­ga­toi­re­ment dans le cadre d’une période dis­cur­sive com­plexe de la forme [X. C’est dire si Y], où l’énonciation d’une conclu­sion Y (en gras et ita­liques) est moda­li­sée comme ren­for­cée par un argu­ment X préa­lable (en ita­liques maigres) :

(7) Je suis ancien com­bat­tant, mili­tant socia­liste, et bis­trot. C’est dire si, dans ma vie, j’en ai enten­du, des conne­ries ! [Un idiot à Paris, film de Serge Kor­ber, 1967, dia­logues de Michel Audiard]

(8) [Selon l’AFP] le prince Georges « sera bap­ti­sé avec de l’eau du Jour­dain – où Jésus a été bap­ti­sé par Jean-Bap­tiste selon l’Evangile ». C’est dire si l’on prend les choses au sérieux, à Buckin­gham. [http://www.illustre.ch]

Le haut degré d’intensification asso­cié à l’énonciation de la conclu­sion Y est dû alors à la force de l’argument X. Cette cor­ré­la­tion de force inten­sive entre argu­ment et conclu­sion se véri­fie notam­ment par l’adéquation du connec­teur même en X, cor­ré­la­ti­ve­ment à l’occurrence de C’est dire si en Y, comme dans l’exemple sui­vant notam­ment :

(9) Un pay­san auver­gnat ne recon­naît même pas comme frêne un plant de frêne pro­duit en Nor­man­die c’est dire si la géné­tique dif­fère ! [www.semencemag.fr]

Quel que soit l’exemple envi­sa­gé, si même n’apparaît pas expli­ci­te­ment en X, il est tou­jours sen­ti comme conforme à la cohé­rence de la période. En (7) et (8), par exemple, l’ajout de même en X (Je suis même ancien com­bat­tant…, Le Prince Georges sera même bap­ti­sé…) s’accorde à la cohé­rence de la période. L’ajustement de même et C’est dire si s’explique en rai­son du fait que si les ins­truc­tions inter­pré­ta­tives qu’impose C’est dire si consistent à ren­for­cer une conclu­sion Y cor­ré­la­ti­ve­ment à un argu­ment X préa­lable, les ins­truc­tions de même consistent réci­pro­que­ment à ren­for­cer un argu­ment X cor­ré­la­ti­ve­ment à une conclu­sion Y. Un connec­teur appelle l’autre, en quelque sorte, comme pour expli­ci­ter cha­cun des pôles de l’articulation d’intensité argu­men­ta­tive qu’ils ins­truisent.

 

4.2. Ana­lyse séman­ti­co-prag­ma­tique

En ce qui concerne la construc­tion des­crip­tive source de C’est dire si, il ne semble pas dérai­son­nable de s’interroger à nou­veau – tou­jours à la suite de Marque-Pucheu (2014) – sur le rôle fon­da­teur d’une éven­tuelle subor­di­na­tion excla­ma­tive indi­recte. Une telle hypo­thèse, conforme à la construc­tion conjonc­tive en si, s’accorde à la force excla­ma­tive de l’intensification asso­ciée à l’énonciation de la pro­po­si­tion moda­li­sée. Elle ne per­met­tra à elle seule de rendre compte de ce qui fait de C’est dire si (contrai­re­ment à Je vous dis pas) un connec­teur argu­men­ta­tif, plu­tôt qu’un simple moda­li­sa­teur. Pour rendre compte de cette der­nière pro­prié­té, une autre piste à explo­rer concerne la struc­ture attri­bu­tive c’est dire, qui semble avoir ins­tau­ré à la base une équi­va­lence (ou com­pa­rai­son) non entre concepts en l’occurrence (comme dans Par­tir, c’est mou­rir un peu), mais entre l’énonciation préa­lable d’une séquence X (à laquelle réfère méta­dis­cur­si­ve­ment le pro­nom démons­tra­tif ce) et d’une pro­po­si­tions subor­don­née Y (intro­duite par la conjonc­tion si). Ain­si la struc­ture argu­men­ta­tive de la période [X. C’est dire si Y] serait l’héritière d’une com­pa­rai­son pro­po­si­tion­nelle épis­té­mique selon laquelle : Dire X, c’est dire si Y (Le fait de dire X revient/équivaut à dire si Y). D’autres for­mules plus ou moins figées (comme Ça veut dire que, Autant dire que) peuvent sous cet angle être appa­ren­tées à C’est dire si. Incon­tes­ta­ble­ment moins figé, plus proche encore de leur sens des­crip­tif source, C’est dire que semble ain­si pou­voir leur être sub­sti­tué la plu­part du temps en contexte, moyen­nant quelques nuances de sens d’un cas à l’autre, tout comme inver­se­ment C’est dire si (ou Ça veut dire que, Autant dire que) semblent pou­voir être sub­sti­tués à C’est dire que, par exemple dans le pas­sage sui­vant (tiré d’un dis­cours de Mal­raux à l’Assemblée) :

(10) Consi­dé­rez les col­lec­tions amé­ri­caines. Il n’y en avait pas une, l’an­née der­nière, qui, après deux géné­ra­tions, n’ait pas été remise à un musée. C’est dire que, à l’heure actuelle, la notion de pos­ses­sion de l’ob­jet d’art est en train de dis­pa­raître. [Mal­raux, le 26/10/1961]

A l’origine, l’ensemble de ces mar­queurs d’équivalence épis­té­miques a sans doute consis­té à pro­duire en Y une refor­mu­la­tion de ce qui est expri­mé en X, refor­mu­la­tion sus­cep­tible d’être inter­pré­tée de cas en cas comme l’indice contex­tuel de telle ou telle rela­tion, par exemple d’implication, de para­phrase, de glose, d’intensification, etc. Avec le temps, cer­taines construc­tions ont fini par se spé­cia­li­ser sous la forme de for­mules consis­tant à coder la rela­tion dont elles pro­cèdent. Au terme de leur déri­va­tion dia­chro­nique, l’affaiblissement des­crip­tif du verbe dire, et de la force de rec­tion qui s’y rap­porte, ont fini par trans­fé­rer sur les pro­prié­tés énon­cia­tives de la rela­tion ins­truite par la for­mule, les effets contex­tuels asso­ciés ini­tia­le­ment à la refor­mu­la­tion. Tout comme Ça veut dire que, par exemple, consiste aujourd’hui à coder une rela­tion d’implication à effets défi­ni­toires, C’est dire si se carac­té­rise essen­tiel­le­ment sur la base de ses effets d’intensification. Cette for­mule est deve­nue l’indice conven­tion­nel d’un haut degré de force conclu­sive. Ain­si, lorsque l’on sub­sti­tue C’est dire que (ou Ça veut dire que, Autant dire que) à C’est dire si en (7), (8) ou (9) par exemple, ce qui a trait à l’intensification dis­pa­raît du sens lin­guis­tique de la période. Tout comme l’intensification s’y ins­crit méca­ni­que­ment si l’on sub­sti­tue C’est dire si à C’est dire que en (10). Proche de C’est dire com­bien, C’est dire à quel point, C’est dire si code non seule­ment l’implication X–>Y, mais la force argu­men­ta­tive de X, par le haut degré de force conclu­sive de Y. Il n’est pas exclu que la cause ori­gi­nelle de cette pro­prié­té soit à cher­cher du côté de la subor­di­na­tion per­con­ta­tive (inter­ro-excla­ma­tive) dont pro­cède C’est dire si, qui a pu don­ner lieu à diverses sortes d’inférences impli­quant l’étonnement, l’interrogation du locu­teur, face à l’énormité de ce dont il cherche à rendre compte.

Quel qu’ait été son sens des­crip­tif source, C’est dire si ne fait plus du tout aujourd’hui réfé­rence à une quel­conque équi­va­lence épis­té­mique ou refor­mu­la­tion d’une énon­cia­tion X par une énon­cia­tion Y. Si l’on se met en tête de glo­ser son sens indi­ciaire, la meilleure para­phrase pro­po­si­tion­nelle qui vient à l’esprit pour­rait être que « le fait repré­sen­té en X prouve, révèle le haut degré d’intensité d’un juge­ment for­mu­lé en Y ». En (7), par exemple, on com­prend que « le fait d’avoir été ancien com­bat­tant, mili­tant socia­liste, et d’avoir fré­quen­té les bis­trots, prouve que le locu­teur a enten­du nombre de conne­ries », en (8) que « le bap­tême à l’eau du Jour­dain révèle à quel point l’on prend les choses au sérieux à Buckin­gham », en (9) que « la confu­sion des plants montre com­bien la géné­tique dif­fère ». Deux sortes de rela­tions logiques entre X et Y peuvent dès lors être recons­ti­tuées. La pre­mière option, dont atteste l’exemple (7), asso­cie le fait repré­sen­té en X à la cause de l’intensité de la conclu­sion Y. La rela­tion X‑Y peut dès lors être res­ti­tuée par une phrase cli­vée consis­tant à extraire une subor­don­née cir­cons­tan­cielle cau­sale du type : « C’est parce que X, que Y », « C’est parce que j’ai été ancien com­bat­tant… que j’ai enten­du tant de conne­ries », ou encore : « Si Y, c’est que (ou parce que) X », « Si j’ai enten­du tant de conne­rie, c’est que j’ai été ancien com­bat­tant ». Ou alors, seconde option, dont attestent (8) et (9), le fait que repré­sente l’argument X est une consé­quence de l’intensité de la conclu­sion Y. La rela­tion X‑Y peut alors être rap­por­tée par une cor­ré­la­tion inten­sive impli­quant une subor­don­née consé­cu­tive du genre : « C’est si (ou tel­le­ment) Y, que X », « On prend les choses si sérieu­se­ment à Buckin­gham, que le bébé sera bap­ti­sé à l’eau du Jour­dain », « La géné­tique dif­fère tel­le­ment qu’on confond les plants ». Cer­tains exemples semblent com­pa­tibles avec les deux options inter­pré­ta­tives.

 

4.3. Variantes dis­tri­bu­tion­nelles

Autre fait remar­quable en ce qui concerne cette for­mule, C’est dire si com­porte cer­taines variantes dont on peut illus­trer le fonc­tion­ne­ment par simple sup­pres­sion de la conclu­sion Y. Les séquences de la forme : Je suis ancien com­bat­tant […] c’est dire ; Le prince sera bap­ti­sé à l’eau du Jour­dain, c’est tout dire ; Un pay­san auver­gnat ne recon­naît même pas un plant de frêne de Nor­man­die, ça veut tout dire, com­portent certes un défi­cit d’information par rap­port à (7), (8), (9), mais res­tent inter­pré­tables en un sens ana­logue. Avec C’est dire en par­ti­cu­lier, seul le conte­nu de la conclu­sion Y fait défaut, créant ain­si un effet de sus­pen­sion de sens que l’interprète est mis en demeure de com­bler, mais sans neu­tra­li­ser les effets d’intensification dont béné­fi­cie indi­rec­te­ment l’argument X. Le propre de C’est dire serait dès lors de ren­for­cer sim­ple­ment, par le moyen d’une conclu­sion sous-enten­due, un argu­ment X anté­cé­dent. Deux sortes de situa­tion semblent pou­voir se pré­sen­ter dans ces condi­tions. Soit le pro­cé­dé consiste à pla­cer le des­ti­na­taire devant une sorte d’énigme, de béance inter­pré­ta­tive, sus­cep­tible d’être com­blée selon son ins­pi­ra­tion, quitte à igno­rer défi­ni­ti­ve­ment à quelle conclu­sion effec­tive le locu­teur vou­lait en venir. Soit il consiste sim­ple­ment à réac­ti­ver, au titre de conclu­sion, un conte­nu préa­la­ble­ment énon­cé, comme c’est le cas en (11), un conte­nu du moins aisé­ment déduc­tible de ce qui a été dit :

(11) Ensuite, la situa­tion des construc­teurs, eh bien, elle est très dif­fi­cile. On sait même que Toyo­ta va mal, c’est dire. [France Inter, « L’édito-éco », 30 mars 2009]

La dif­fé­rence avec C’est dire si tient essen­tiel­le­ment alors à un ren­ver­se­ment de l’ordre des séquences X‑Y, ceci par le jeu d’un effet de reprise impli­cite (dû à la sus­pen­sion conclu­sive) de ce qui a été énon­cé anté­rieu­re­ment. L’ordre de suc­ces­sion des élé­ments de la période que déter­mine C’est dire si peut sim­ple­ment être réta­bli par inver­sion dans ces condi­tions (On sait même que Toyo­ta va mal. C’est dire si la situa­tion des construc­teurs est dif­fi­cile).

 

5. En guise de conclu­sion

Compte tenu du che­mi­ne­ment qui nous a conduit de Je vous dis pas à C’est dire si, l’espace impar­ti aux contri­bu­tions de ce recueil nous force à revoir à la baisse nos ambi­tions, qui étaient ini­tia­le­ment de pas­ser en revue cinq dif­fé­rents mar­queurs dis­cur­sifs à effets d’intensification. L’objectif était d’aborder l’intensification externe à l’expression pro­po­si­tion­nelle sous l’angle de ce qui oppose trois grandes sortes de for­mules énon­cia­tives, en quoi consistent res­pec­ti­ve­ment les moda­li­sa­teurs simples comme Je vous dis pas, les connec­teurs comme C’est dire si, Y’a pas à dire, Que dis-je, et enfin une troi­sième caté­go­rie de for­mules, dont relève en l’occurrence Tu peux le dire. Les effets d’intensification atta­chés à cette der­nière forme de mar­queurs – dont la fonc­tion com­mune est de déter­mi­ner la struc­tu­ra­tion dia­lo­gique des échanges de paroles (au sens de Rou­let & al. 1985) – ayant été esquis­sés dans Per­rin (2014), il ne nous reste que le temps désor­mais de nous foca­li­ser désor­mais, en guise de conclu­sion de cette étude, sur les pro­prié­tés dis­tri­bu­tion­nelles de Il n’y a pas à dire et Que dis-je, sous l’angle de ce qui les oppose à C’est dire si, quitte à lais­ser en sus­pens les ques­tions d’analyse qui s’y rap­portent.

 

5.1. Pro­prié­tés dis­tri­bu­tion­nelles et esquisse d’analyse de Y’a pas à dire

Sou­vent trans­crite par la gra­phie Y’a pas à dire (pour figu­rer le registre d’oralité dont elle est cen­sée pro­cé­der), la for­mule en ques­tion est séman­ti­que­ment très proche de C’est dire si, puisqu’elle sert elle aus­si à inten­si­fier une conclu­sion Y, pour agir indi­rec­te­ment sur la force d’un argu­ment X. A quelques nuances de sens près, Y’a pas à dire peut donc géné­ra­le­ment être sub­sti­tué sans trop de per­tur­ba­tion à C’est dire si, par exemple dans (7), (8) ou (9).

Au plan dis­tri­bu­tion­nel, Y’a pas à dire est néan­moins plus libre que C’est dire si, ce qui rend la sub­sti­tu­tion inverse par­fois plus ardue. Contrai­re­ment à C’est dire si, Y’a pas à dire peut notam­ment être pla­cé en incise, ou post­po­sé à la conclu­sion dont il moda­lise alors rétro­ac­ti­ve­ment l’énonciation. Et par ailleurs il est fré­quent que l’argument X ne pré­cède pas, mais suc­cède à l’énonciation de la conclu­sion Y, ou même que cet argu­ment ne soit pas du tout énon­cé expli­ci­te­ment. En (13) par exemple, le rôle de l’argument X est assu­ré par une vidéo cen­sée jus­ti­fier le com­pli­ment dont fait l’objet le Pré­sident Oba­ma :

(13) Oba­ma c’est un mec cool, y’a pas à dire… [ebeho.wordpress.com]

Même trans­fé­ré en posi­tion de pré­face, C’est dire si serait dif­fi­ci­le­ment sub­sti­tuable à Y’a pas à dire en (13). Et dans le pas­sage sui­vant, où l’énonciation conclu­sive de Y pré­cède celle de l’argument X, la sub­sti­tu­tion est encore moins aisée :

(14) Il n’y a pas à dire, Jens Voigt a soi­gné sa sor­tie. Le cycliste alle­mand âgé de 43 ans a mis un terme à sa car­rière en éta­blis­sant un nou­veau record de l’heure. [www.metronews.fr]

Avec C’est dire si, l’organisation de la période impose d’inverser l’ordre des séquences, d’enchaîner l’énonciation de Y sur celle de X (Jens Voigt a mis un terme à sa car­rière en éta­blis­sant un nou­veau record de l’heureC’est dire s’il a soi­gné sa sor­tie). Cette contrainte s’explique dia­chro­ni­que­ment par la struc­ture d’équivalence dont pro­cède C’est dire si, assor­tie de la visée ana­pho­rique du pro­nom démons­tra­tif ce, qui impose d’avoir préa­la­ble­ment expli­ci­té l’argument X. Et sans par­ler du fait que Y’a pas à dire, à la dif­fé­rence de Je vous dis pas et de C’est dire si, ne consis­tait peut-être pas ini­tia­le­ment à régir un com­plé­ment du verbe dire. La forme des­crip­tive source de Y’a pas à dire s’articule en outre à diverses pro­prié­tés rela­tives à l’identité du dire dont il était ques­tion à la base, à la visée de la néga­tion, à la force direc­tive de la for­mu­la­tion. S’agissait-il alors d’un refus d’enchérir face à une évi­dence ? D’une forme de pré­té­ri­tion à effet de litote comme Je vous dis pas ? S’agissait-il en revanche de récu­ser un contre-argu­ment, comme le laissent entre­voir cer­tains exemples à effets adver­sa­tifs ? Autant de ques­tions que nous allons devoir lais­ser ici en sus­pens.

Quant à ce qui oppose séman­ti­que­ment Y’a pas à dire à C’est dire si, dont témoigne leur sub­sti­tu­tion par exemple en (14), nous allons là aus­si devoir nous conten­ter de for­mu­ler un peu bru­ta­le­ment une hypo­thèse que nous n’aurons le loi­sir ni vrai­ment d’étayer ni de jus­ti­fier dans cette étude. Tan­dis que C’est dire si repose sim­ple­ment sur la force d’un argu­ment X pré­sen­té comme déci­sif en faveur de l’intensité conclu­sive de Y, Y’a pas à dire ren­force lui aus­si la conclu­sion Y, mais en jouant cette fois sur la prise en compte d’un argu­ment sup­plé­men­taire, qui s’ajoute à une liste pré­éta­blie, et pré­sen­té de sur­croît comme impromp­tu dans l’esprit du locu­teur. Ain­si en (13) et (14), Y’a pas à dire ne ren­force pas l’énonciation de la conclu­sion Y par la seule force d’un argu­ment X, mais par le fait que ce der­nier s’ajoute alors abrup­te­ment à un ensemble d’arguments sous-enten­dus pré­sen­tés comme déjà connus des inter­lo­cu­teurs. Entre C’est dire si et Y’a pas à dire, la dif­fé­rence ne tient ni à la nature de la rela­tion X‑Y, ni à la force conclu­sive de Y, mais essen­tiel­le­ment à la prise en compte énon­cia­tive de X, soit comme un argu­ment déci­sif lié à une norme pré­éta­blie, soit comme l’irruption d’un argu­ment sup­plé­men­taire à effet confir­ma­tif.

 

5.2. Pro­prié­tés dis­tri­bu­tion­nelles et esquisse d’analyse de Que dis-je

A l’inverse de Y’a pas à dire, Que dis-je ne ren­voie pas à un registre d’oralité, mais à un style éla­bo­ré et châ­tié propre à l’écrit. Et séman­ti­que­ment, Que dis-je ne joue pas sur la force d’une conclu­sion Y rela­ti­ve­ment à un argu­ment X, mais sur celle de la refor­mu­la­tion auto­cor­rec­tive d’un argu­ment trop faible. Sous un angle stric­te­ment dis­tri­bu­tion­nel, Que dis-je s’inscrit dans une période dis­cur­sive de la forme  [X. Que dis-je X ? Y], sur le modèle du fameux vers de Ros­tand mémo­ri­sé par des géné­ra­tions d’écoliers :

(15) C’est un roc!… c’est un pic… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une pénin­sule ! [Edmond Ros­tand, Cyra­no de Ber­ge­rac]

ou sur celui du cri amou­reux de Néron dans le vers raci­nien non moins célèbre :

(16) J’aime, que dis-je, aimer, j’i­do­lâtre Junie. [Racine, Bri­tan­ni­cus]

sou­vent repris paro­di­que­ment dans des exemples comme le sui­vant :

(17) Les scènes de ban­lieue aiment, que dis-je aimer, ido­lâtrent la Comé­die-Fran­çaise

[http://blogs.rue89.nouvelobs.com]

Orien­tés vers le fige­ment indi­ciaire de la for­mule, la plu­part des emplois contem­po­rains de Que dis-je font désor­mais l’économie de la séquence inter­mé­diaire de reprise auto­cor­rec­tive à effets cita­tifs de X. Dans le pas­sage ci-des­sous par exemple, Que dis-je moda­lise direc­te­ment l’énonciation d’une séquence Y consis­tant à refor­mu­ler pour le ren­for­cer un argu­ment X énon­cé préa­la­ble­ment (et rétro­ac­ti­ve­ment l’énonciation de X comme trop faible cor­ré­la­ti­ve­ment à Y) :

(18) Cette école où l’on menace que dis-je ? où l’on frappe les ins­ti­tu­trices avec des cou­teaux de cui­sine. [F. Bazin, Le Nou­vel Obser­va­teur]

La prin­ci­pale contrainte qui s’impose aujourd’hui à la rela­tion X‑Y par Que dis-je est de pou­voir inter­pré­ter Y comme plus fort que X en faveur d’une conclu­sion sous-enten­due (rela­tive en (18) à l’aggravation de la pres­sion sur les ins­ti­tu­trices à l’école). Cette pro­prié­té se véri­fie par l’impossibilité d’inverser l’ordre de suc­ces­sion des argu­ments X–Y à l’intérieur de la période (Cette école où l’on frappe – *que dis-je ? – où l’on menace les ins­ti­tu­trices). Pour res­ter inter­pré­table, l’inversion des argu­ments impose alors de rem­pla­cer Que dis-je par Enfin ou Disons, qui à l’inverse de Que dis-je, moda­lisent une refor­mu­la­tion par affai­blis­se­ment de l’intensité (Cette école où l’on frappe, enfin où l’on menace les ins­ti­tu­trices).

Quant aux sens des­crip­tif source de Que dis-je, il est incon­tes­ta­ble­ment moins opaque, plus trans­pa­rent que celui des for­mules dis­cu­tées pré­cé­dem­ment, dont le degré de fige­ment, de codage indi­ciaire, était plus avan­cé. Par­mi les for­mules d’intensification abor­dées dans cette étude, l’intérêt de Que dis-je est de se confondre encore avec la figure des­crip­tive dont il pro­cède, connue des rhé­to­ri­ciens sous le nom d’épa­nor­those – consis­tant selon Morier (1989) « à reve­nir sur ce que l’on vient d’af­fir­mer, soit pour le nuan­cer, l’af­fai­blir, et même le rétrac­ter, soit au contraire pour le réex­po­ser avec plus d’éner­gie ». La figure en ques­tion repose sur un jeu d’autocorrection consis­tant à mettre en scène le dif­fi­cile che­mi­ne­ment de la pen­sée du locu­teur cher­chant ses mots à tâtons, face à l’énormité de ce dont il s’agit de rendre compte. Le fait de se reprendre et de se cor­ri­ger fonc­tionne alors comme l’indice contex­tuel d’une expé­rience émo­tive du locu­teur en voie de se coder peu à peu dans le sens indi­ciaire d’une for­mule à effets conven­tion­nels d’intensification (Que dis-je) ou au contraire d’atténuation (Enfin, Disons).

 

Ans­combre J.-C. 1985, « De l’énonciation au lexique : men­tion, cita­ti­vi­té et délo­cu­ti­vi­té », Lan­gages 80, 9–34.

Apo­thé­loz D. 2003, « La rec­tion dite faible : gram­ma­ti­ca­li­sa­tion ou dif­fé­ren­tiel de gram­ma­ti­ci­té », Ver­bum 25/3, 241–262.

Bal­ly Ch. 1965 [1932], Lin­guis­tique géné­rale et lin­guis­tique fran­çaise, Berne, Francke,

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Notes   [ + ]

1. L’interjection ouf ! comme for­mule de sou­la­ge­ment, par exemple, est issue d’un sou­pir inter­pré­té comme l’indice contex­tuel d’un sou­la­ge­ment du locu­teur. Au terme de la déri­va­tion dia­chro­nique dont elle pro­cède, l’interjection n’a plus besoin aujourd’hui d’être recon­nue comme l’onomatopée d’un sou­pir asso­cié à une infé­rence contex­tuelle ; elle fonc­tionne direc­te­ment comme l’indice conven­tion­nel d’un sou­la­ge­ment que mani­feste le locu­teur.
2. Certains parlent à ce sujet de prag­ma­ti­ca­li­sa­tion.
3. Je vous dis pas la bécane ou la baraque seraient sans doute jugés plus natu­rels en ce sens, compte tenu des conno­ta­tions éva­lua­tives atta­chées aux expres­sions dont l’énonciation est alors moda­li­sée.
4. Contrai­re­ment à d’autres for­mules, comme Tu l’as dit, Tu parles, par exemple, dont le sens indi­ciaire n’autorise pas les variantes : *Vous l’avez dit, *Vous par­lez (Per­rin 2014).
5. Par exemple, dans le cadre d’un énon­cé comme C’était le prix, je dis pas, la for­mule moda­lise un sens conces­sif tout à fait dépour­vu d’effets inten­sifs (Per­rin 2014).
6. Sur l’affaiblissement de la rec­tion ver­bale et la notion de verbe paren­thé­tique, se réfé­rer à Blanche-Ben­ve­niste (1989). Voir aus­si sur ce sujet Apo­thé­loz (2003).
7. Sauf à pas­ser par une cita­tion directe étran­gère au sens de (4).